PARTICIPANTS

Conférenciers invités :

7 octobre
10:15 – 10:30
Marcel FOURNIER : Université de Montréal, Montréal, Canada
11:00 – 12:00
Will STRAW : Université McGill, Montréal, Canada

8 octobre
16:45 – 17:45
Terry Nichols CLARK : University of Chicago, Chicago, États-Unis

9 octobre
13:30 – 14:00
Pierre-Michel MENGER : Collège de France, directeur d’études à l’EHESS, directeur du centre de sociologie et des arts


Pascale BÉDARD
Doctorante
Université du Québec à Montréal / Université Libre de Belgique
Département : Sociologie
Quand le tableau sort du cadre (théorique) ! Les concepts de monde, de champs et de scène à l’épreuve de l’expérience professionnelle des artistes en arts visuels.
La communication se propose de répondre, à la lumière d’une enquête sur les conditions de pratique des artistes en arts visuels, à des questions d’articulation entre terrain et cadre théorique. Alors que le concept de monde de l’art met en lumière les effets de coopération et l’impact des conventions sur la production artistique, comment s’accommode-t-il de la spécificité du rôle joué par les artistes créateurs? Si le cadre conceptuel du champ permet de penser certains phénomènes fort influents sur les parcours artistiques, tels que les dynamiques de pouvoir et la répartition des « capitaux », quelle place laisse-t-il aux interactions complexes, de collaboration, déterminantes dans ces parcours et dans les processus de création ? La communication prendra appui sur une recherche empirique afin de considérer la fertilité des concepts de monde de l’art, de champ artistique, et de scène.

Guy BELLAVANCE 
Professeur 
INRS
Département : Urbanisation, Culture, Société
Champs, mondes, scènes, réseaux : de l’effet des choix conceptuels sur l’étude sociologique de l’art et de la culture.
Les concepts de champ culturel et de mondes de l’art ont particulièrement traduit l’ambition de la sociologie de cerner les dimensions collectives des pratiques artistiques et culturelles. Cette conférence de présentation du colloque rappelle les usages des deux concepts à la lumière de la notion alternative de scène artistique. Elle conduit aussi à confronter les trois concepts aux notions de communauté, de marché et de réseau, également centrales en sociologie. Quelles sont les implications du choix de l’un ou l’autre de ces concepts ; faut-il choisir ? L’éclectisme conceptuel se justifie-t-il ? La présentation s’appuiera sur une recension critique des élaborations récentes de ces concepts en sociologie de l’art et de la culture. L’enquête visera aussi à dégager la nature des collectifs que ces diverses approches conceptuelles établissent en relation à la production et la circulation des œuvres d’art et des produits culturels.

Nathalie CASEMAJOR 
Professeure assistant 
Université du Québec en Outaouais
Département : Sciences sociales
La trajectoire sociale des œuvres. Du champ de l’art contemporain aux réseaux socio-numériques.
Cette communication propose de discuter la « méthodologie orientée objet » déployée par Fernando Dominguez Rubio et Elizabeth B Silva dans leur analyse de la « carrière » des œuvres d’art visuel.  Il s’agira d’en tester l’application sur le terrain celui des trajectoires de circulation des images fixes sur Internet. Ce déplacement suscite des questions épistémologiques et méthodologiques : comment penser la matérialité de ces objets numériques ? Une approche par la notion de réseau est-elle judicieuse pour analyser leurs trajectoires, ou recèle-t-elle un piège, consistant à plaquer sur les processus sociaux une métaphore décrivant la forme des infrastructures de communication ? J’aborderai ces questions dans une perspective exploratoire, en m’appuyant sur diverses études de cas tirées de la littérature, et sur mes travaux personnels au sujet des archives photographiques numériques et de leurs usages sur Internet.

Terry Nichols CLARK 
Professeur 
University of Chicago
Département : Sociologie
Mécanismes des scènes et dynamiques de la culture : cadres généraux et propositions spécifiques.
L’étude des scènes permet de clarifier la dynamique et les impacts des arts et de la culture. Cette communication propose de dégager 15 dimensions d’analyse des scènes, de l’expression personnelle et transgressive jusqu’aux dimensions locales et communautaires de la vie de quartier. Elle s’appuie sur une étude de différents quartiers en France, en Espagne, aux États-Unis, au Canada, en Corée en Chine et au Japon. L’analyse croisée des variations nationales montre que le modèle de la participation de Tocqueville et le modèle de la bohème de Jane Jacob sont applicables dans la plupart des pays européens ainsi qu’en Amérique du Nord, mais pas en Asie. L’étude propose d’explorer la façon dont les scènes modifient des conceptions centrales au sujet des valeurs, de la participation et de l’impact culturel.

Jean-Louis FABIANI 
Professeur 
Central European University
Département : Department of Sociology and Social Anthropology
Un individu peut-il créer un champ ? Baudelaire, Manet et la notion de « révolution symbolique ».
La récente publication du cours sur Manet de Pierre Bourdieu est l’occasion d’un retour sur un certain nombre de critiques adressées il y a vingt ans par l’auteur à la théorie du champ. La présente contribution vise à éclairer les conditions sociales de l’émergence d’une révolution symbolique lorsqu’elle s’incarne au travers d’un individu exceptionnel. En quoi ce type d’individu diffère-t-il du  génie dans sa définition antérieure à la sociologie ? Quelles ressources Bourdieu utilise-t-il pour activer sa théorie générale à propos d’un cas singulier ? La sociologie de l’art travaille-t-elle de l’intérieur le  structuralisme de Bourdieu ? C’est en son sein que la question du changement est le plus clairement abordée. La lecture serrée d’un ouvrage qui illustre au plus haut degré la relation complexe et féconde permet enfin de reconsidérer les relations entre art et science dans un univers social où l’autonomie des producteurs devient une exigence constitutive de l’innovation.

Laurent FLEURY 
Professeur 
Université Paris Diderot
UFR de Sciences sociales
Décisions politiques et scènes artistiques : une action réciproque ? Valeur théorique et validité empirique du concept de scène pour penser l’entrecroisement culture et politique
Cette communication vise à éprouver le concept de scène tel que défini par Clark, Rothfield et Silver à l’échelle de villes européennes et à penser sa fécondité pour comprendre l’entrecroisement entre culture et politique. En quoi une scène artistique peut-elle être une variable explicative de la décision politique ? En quoi les décisions politiques contribuent-elles à façonner des scènes artistiques ? Seront mobilisés les cas du Théâtre National Populaire de Vilar, du Centre Pompidou, mais aussi d’institutions locales ou régionales au rayonnement national ou international. Au carrefour de la sociologie historique, de la sociologie politique et de la sociologie de la culture, les conclusions montreront comment une ville peut se constituer en scène artistique ou culturelle et en quoi une telle conclusion ouvre à une conception du politique qui, loin d’être pensé en termes de domination ou de convention, peut être pensé en termes de représentation et de charisme d’institution.

Catherine GINGRAS 
Doctorante
Institut national de la recherche scientifique
Département : Urbanisation, Culture et Société
Montréal en pratiques et en représentations : une exploration à travers la scène musicale indépendante locale (1995-2013).
Montréal est décrite au milieu des années 2000 par les médias internationaux, nationaux et locaux comme centre de production de musique indépendante. Cette reconnaissance pousse à s’interroger sur la façon dont la production musicale locale peut être liée à la montréalité – c’est-à-dire aux caractéristiques qui font de Montréal une entité unique. Nous soutenons que la notion de scène s’avère particulièrement pertinente pour développer une réflexion qui aborde musique et identité de la ville dans une perspective multiscalaire. En effet, elle permet 1) d’appréhender à la fois l’échelle de l’expérience et de la co-présence des acteurs (Straw; Blum; Pfadenhauer) puis celle des représentations (Bennett; Clark et al.) et 2) d’enrichir les travaux qui se sont interrogés sur les négociations et jeux d’échelles à l’œuvre dans l’élaboration d’identités territoriales (Bélanger; Lashua et al.; Lamarre).

Marjorie GLAS 
Doctorante
École des Hautes Études en Sciences Sociales
Département : Institut de Recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux
Une analyse des transformations du secteur théâtral français au prisme du réseau : pour une utilisation pragmatique des notions de champ et de monde.
Cette communication présentera les résultats d’un travail de recherche relatif aux transformations de l’univers théâtral français entre 1950 et 1990. À partir d’une enquête de type prosopographique, nous avons comparé à travers une analyse de réseaux les trajectoires et carrières d’une trentaine de metteurs en scène directeurs de théâtre. Les résultats de cette enquête nous montrent que le metteur en scène est parvenu à s’imposer en raison de sa multipositionnalité et de sa centralité tant dans les réseaux artistiques qu’institutionnels. Au-delà de la dichotomie champ / monde ou domination / coopération, l’analyse empirique a mis au jour la nécessité de prendre également en compte des éléments extérieurs au champ ou au monde considéré : les socialisations et contraintes extérieures qui pèsent sur les agents et expliquent des trajectoires et des choix sont des éléments décisifs qui viennent également jouer un rôle important dans les carrières des acteurs analysés.

Anthony GLINOER 
Professeur
Université de Sherbrooke
Département : Chaire de recherche du Canada sur l’histoire de l’édition et la sociologie littéraire
Les groupes littéraires au croisement des concepts (avec LACROIX)
Cette communication proposera une exploration historique et conceptuelle des théories qui ont marqué la sociologie des faits et des textes littéraires, en nous concentrant sur le traitement théorique des groupes. Notion centrale (mais non théorisée) de l’histoire littéraire, le groupe littéraire n’a été que tardivement conceptualisé par la sociologie de la littérature. Nous montrerons que, de Goldmann aux travaux sur la circulation des discours, on s’est penché sur le groupe comme « producteur » voilé des textes, non sur les groupes « littéraires ». La première conceptualisation sera effectuée par la sociologie des champs, qui examine les groupes comme outils d’accumulation du capital symbolique. Les années 1995-2010 voient l’apparition de nouveaux regards sociologiques, entre autres via la notion de réseau. Ce sont ces lignes de tension que nous nous proposons d’examiner, en prenant pour exemple le traitement des cas « parallèles » de la NRF des débuts et des surréalistes.

Gérôme GUIBERT 
Maître de Conférences (Professeur assistant)
Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle
Département : Arts & Médias
La notion de « scène » en sociologie. Quelle pertinence ?
Dans l’introduction à l’ouvrage collectif sur la question des scènes musicales qu’ils ont dirigé (2004), Bennett et Peterson associe le concept de scène à celui du champ bourdieusien et du monde beckerien. Qu’est ce qui qualifie alors en propre l’outil théorique « scène » en sociologie ? C’est la question qu’on se posera dans cette contribution en partant de l’exemple de la sociologie française de la musique. Après avoir mis en parallèle quelques débats constitutifs de la sociologie entre « espace physique » et « espace social » avec les discussions utilisant la notion de « scène » dans l’étude des musiques populaires, nous chercherons à montrer en quoi l’utilisation des recherches liées à la « scène » sont utiles à la sociologie. On verra qu’ils permettent de mettre en évidence des points aveugles de la sociologie pour une connaissance du réel « en écheveau » (Passeron).

Louis JACOB 
Professeur 
Université du Québec à Montréal
Département : Sociologie
Trois hypothèses de disparition
Cette contribution propose un examen théorique et épistémologique des trois concepts de « champ », de « monde » et de « scène ». Il s’agira d’identifier les conditions de possibilité de l’analyse et de l’exemplification méthodique telles que circonscrites par chacun des trois concepts, puis de déterminer quels sont les scénarios du déclin ou de la disparition des frontières disciplinaires que nous pouvons envisager à l’intérieur de ces trois problématiques. Dans ce contexte, on se demandera si la possibilité d’une description en termes de « réseaux » correspond à un retour, une métamorphose ou encore un moment inaugural dans les pratiques culturelles. Cet exercice devrait nous permettre de mieux évaluer la complémentarité des trois concepts, et les axes sur lesquels ils demeurent des options concurrentes.

Marc KAISER 
Maître de conférences (Professeur assistant)
Université Paris 8
Département : IUT de Montreuil
La scène comme concept-outil. Analyse comparative internationale des cas de Paris, Sydney et Québec.
Le concept de scène, initialement utilisé dans le champ des popular music studies, a engendré un « tournant spatial » dans l’étude des cultures populaires et nourri des réflexions sur les cultures urbaines. En France, plusieurs travaux ont commencé à éprouver empiriquement le concept. La communication visera à exposer les résultats d’une recherche menée dans le cadre d’une thèse soutenue en décembre 2012 mettant en perspective les scènes musicales de Paris, Sydney et Québec. Elles sont configurées par des pratiques, des lieux et des institutions spécifiques, mais aussi par diverses réglementations en lien avec les représentations nationales qui guident les modes de gouvernance culturelle. La portée heuristique du concept de scène se dessine clairement dans cette approche internationale qui permet de singulariser des ressources locales inscrites dans les problématiques contemporaines de transnationalisation et d’hybridation culturelle.

Irina KIRCHBERG 
Doctorante
Paris-Sorbonne
Département : Musicologie
Repenser l’auctorialité. Analyse du processus de création musicale et « mondes ».
Cette communication propose d’analyser le rôle des compositeurs de musique de natation synchronisée qui collaborent avec les entraîneures des équipes sportives. Comment ces acteurs, aux profils si différents, arrivent-ils à coordonner leurs actions pour créer une musique de ballet ?
la lignée des travaux réalisés à partir du concept de « monde » nous avons constaté la richesse de la participation concrète au processus de création d’une variété d’acteurs a priori insoupçonnée. Néanmoins, ce travail fait apparaître à quel point ces musiques portent la trace des conflits, des négociations et des compromis qui émaillent la collaboration entre ces acteurs et, de fait, témoignent de « l’autorité » fluctuante de chacun des acteurs dans ce processus de création. Ainsi, les frontières entre les catégories idéal-typiques d’activité « de renfort » et d’activité « cardinale » proposées par Howard Becker se trouvent brouillées dans ce cadre sportif.

Simon-Pier LABELLE-HOGUE
Doctorant
Université McGill
Département : Littérature française
Redéfinitions croisées : l’impact des revues littéraires sur notre compréhension des champs et des réseaux.
Aron a rappelé, récemment, qu’« il ne s’agit pas de faire une “théorie du réseau” qui se substituerait à la théorie des champs, mais de déterminer à quel niveau de l’analyse sociologique l’instrument descriptif du réseau peut se révéler utile » (2008). Or puisque le champ se définit comme une « configuration de relations objectives entre des positions occupées » (Mauger 2006), on comprend aisément en quoi la notion de réseau, elle aussi interrelationnelle, peut mener à des interactions sur les plans théoriques et conceptuels (Bottero et Crossley 2011; de Marneffe 2008; De Nooy 2003). Je tenterai d’analyser la constitution d’un réseau des revues de la contre-culture dans le champ littéraire québécois de la décennie ‘70. Hobo-Québec (1972-1981), Cul-Q (1973-1977) et Mainmise (1970-1978). Aussi montrerai-je que si champs et réseaux ne sont pas mutuellement exclusifs, un concept doit nécessairement mener à la redéfinition de l’autre, pour assurer leur coexistence.

Michel LACROIX  
Professeur
UQÀM
Département : Département d’études littéraires
Les groupes littéraires au croisement des concepts (avec GLINOER).
Cette communication proposera une exploration historique et conceptuelle des théories qui ont marqué la sociologie des faits et des textes littéraires, en nous concentrant sur le traitement théorique des groupes. Notion centrale (mais non théorisée) de l’histoire littéraire, le groupe littéraire n’a été que tardivement conceptualisé par la sociologie de la littérature. Nous montrerons que, de Goldmann aux travaux sur la circulation des discours, on s’est penché sur le groupe comme « producteur » voilé des textes, non sur les groupes « littéraires ». La première conceptualisation sera effectuée par la sociologie des champs, qui examine les groupes comme outils d’accumulation du capital symbolique. Les années 1995-2010 voient l’apparition de nouveaux regards sociologiques, entre autres via la notion de réseau. Ce sont ces lignes de tension que nous nous proposons d’examiner, en prenant pour exemple le traitement des cas « parallèles » de la NRF des débuts et des surréalistes.

Clara LEVY 
Maître de conférences (Professeure assistant)
Université de Lorraine
Département : Sociologie
L’inscription dans la ville des galeries d’art contemporain au prisme du concept de champ : une comparaison internationale entre New York, Berlin, Londres et Paris. (avec QUEMIN).
Il s’agit d’étudier ici le « champ des galeries d’art » dans quatre grandes métropoles pour analyser comment ce type d’activité se regroupe dans l’espace urbain et peut marquer celui-ci de son empreinte. Pourquoi et comment ces galeries se réunissent-elles au sein de quartiers et en quoi cela joue-t-il sur la valorisation des œuvres ? Tout en se focalisant sur la ville comme espace d’implantation, il convient aussi de faire porter le regard sur l’intérieur même des galeries et, tout particulièrement, sur les œuvres exposées. Au plan théorique, la recherche permettra de tester l’hypothèse bourdieusienne d’homologie structurale, ici entre espace d’implantation des galeries, de valorisation, et caractéristiques des œuvres exposées, en nous appuyant sur des données empiriques issues de notre enquête de terrain menée à New York, Londres, Berlin et Paris.

Jacques LEENHARDT 
Professeur – Directeur d’Études
École des hautes Études en Sciences Sociales
Département : Équipe de recherche EFISAL : Fonction imaginaires et sociales des arts et des littératures.
L’épistémologie aux champs
Champ, mondes, scènes, réseaux, chacune de ces notions construit un réseau métaphorique d’images et de référents qui lui donne sa cohérence descriptive aussi bien qu’explicative. Dès lors, comment justifier le choix d’un réseau métaphorique sinon en lui opposant un autre réseau ? Je partirai de ces considérations liminaires pour aborder, aux plans du langage et de la théorie, les notions soumises à notre réflexion. A la condition de les classer dans cet ordre : monde, champ, réseau, scène, on voit bien que cette séquence va du concept le plus ample au plus réduit, comme d’ailleurs au plan logique, du plus général au plus particulier. Faut-il y voir la tendance de la sociologie à se spécialiser et à passer de la systématique des ensembles à l’organisation des particuliers ? J’avancerai quelques hypothèses sur la construction de ce qu’on pourrait appeler le « paysage social ».

Mary LEONTSINI 
Professeur 
Université Nationale d’Athènes
Département : Département d’éducation préscolaire
Les groupes de lecture en tant que scènes culturelles
Cette communication analysera l’activité des groupes de lecture à la lumière du concept de scènes (Silver 2005). Plus précisément, en puisant dans les résultats empiriques de différents travaux qualitatifs effectués lors des dix dernières années, nous mettrons l’accent sur l’activité de lecture en groupe en tant que forme de sociabilité qui vise la consommation littéraire. En tant que telle, elle met en jeu des expériences de partage, des équipements et des valeurs qui forgent non seulement le lien social mais aussi les critères de légitimité des œuvres. Nous montrerons que la théâtralité, la légitimité et l’authenticité entrent en jeu dans l’activité complexe des groupes et forment le goût artistique dans son ensemble. Sur le plan théorique, l’importance de la concurrence que Bourdieu attribue à la notion du champ et le caractère coopératif des mondes de Becker ne suffisent pas pour comprendre l’activité de la pratique lectorale dans son ensemble.

Séverine MARGUIN 
Doctorante
École des Hautes Études en Sciences Sociales et Leuphana Universität Lüneburg
Département : Centre Georg Simmel
Bourdieu et l’art contemporain : des réceptions françaises et allemandes inégales.
Comment expliquer la réception inégale de la théorie des champs de production en arts plastiques entre la France et l’Allemagne ? Nous proposons d’employer la méthode d’histoire croisée (Werner et Zimmermann, 2006) afin de comprendre d’un côté l’absence, et de l’autre, le foisonnement des productions scientifiques bourdieusiennes. En France, il semblerait que deux facteurs aient contribué à cette « absence » : l’établissement d’une personnalité clé dans la recherche sur l’art contemporain, Nathalie Heinich, en rupture avec l’héritage bourdieusien, mais également, la carence totale de production de l’école bourdieusienne elle-même sur les arts plastiques. Le foisonnement côté allemand s’explique par une dynamique de réseaux entre les différents chercheurs concernés. L’objectif de la présentation serait d’ouvrir un espace de réflexivité sur la pertinence  de la théorie des champs de production en arts plastiques et sur sa relégation jusqu’à présent au sein du contexte scientifique francophone.

Pierre-Michel MENGER
Directeur d’études à l’EHESS, directeur du centre de sociologie et des arts
Collège de France
Monde, champ, marché, réseau, agglomération – comment penser ensemble les dynamiques de travail et d’innovation et les inégalités de réussite dans les arts?
La sociologie recourt beaucoup à des métaphores spatiales pour caractériser l’interdépendance des acteurs et la structure de leurs relations. Une lecture verticale du système de production part de la distribution inégale des ressources dont disposent les acteurs et des déterminations de leurs choix et comportements. Elle apparie les versants de la production et de la consommation selon des principes de gravitation sociale. Mais l’étude de la dynamique des innovations se plie malaisément à ce cadre analytique. Une lecture horizontale des relations entre les acteurs part de l’hypothèse symétrique : le changement est la donnée et l’inertie ou la conservation des relations sont ce qu’il faut expliquer. Je montre que le recours à des notions telles que le marché, le réseau et la densité d’agglomération offre des solutions théoriques à l’analyse conjointe de la dynamique endogène des innovations et de leurs chances inégales de succès.

Luca PATTARONI 
Maître d’enseignement et de Recherche (Professeur assistant)
École Polytechnique Lausanne
Département : Laboratoire de Sociologie Urbaine
Monde et diagramme : penser l’expérience de l’art dans le capitalisme contemporain (avec PIRREAUD).
Les nouveaux modes de gouvernement de la ville tendent à instrumentaliser l’art, la culture et la contre-culture afin de produire un ordre « favorable aux affaires ». Or, penser ce phénomène d’intégration des pratiques artistiques dans la ville capitaliste nécessite de forger des outils d’analyse adéquats. A cet égard, la notion de scène (Straw, 2005) rabat sans doute trop les pratiques sous des auspices strictement artistiques. Elle semble insuffisante pour adresser une pragmatique du passage de l’expérience au politique. Plus stimulante semble la notion de monde qui suggère d’emblée une épaisseur où se lient les différents horizons de la créativité. Nous proposons par ailleurs de l’enrichir aussi d’une confrontation avec la notion deleuzo-guattarienne de diagramme (Deleuze & Guattari, 1980) afin de penser pleinement l’intrication de l’art et du politique. Notre propos portera sur une discussion critique de la notion de créativité dans son lien à l’art, l’expérience et le politique.

Bruno PEQUIGNOT 
Professeur
Sorbonne Nouvelle Paris 3
Département : Arts & Médias
L’usage du concept de champ dans le « Manet » de Pierre Bourdieu.
Le concept de champ apparaît très tôt dans l’œuvre de Pierre Bourdieu. Ses usages se développent dans des articles ou ouvrages très « écrits », dans le souci légitime de rigueur de l’auteur, auquel il faut ajouter un souci de précision méthodologique cherchant à éviter les usages trop dogmatiques ou inversement trop laxistes du concept. L’intérêt de son « dernier » livre paru, « Manet », c’est que justement il ne s’agit pas d’un livre écrit, mais de la transcription d’un cours, et donc d’un « texte » oral. L’usage du concept de champ, central dans son analyse de la place de Manet dans l’histoire de l’art, y trouve une illustration particulièrement éclairante sur ses conditions empiriques et théoriques. Cette communication tentera de montrer ce qu’apporte à la compréhension de ce concept la recherche de Pierre Bourdieu sur Manet à partir de ce cours de la fin des années 90.

Mischa PIRREAUD 
Doctorant
Université de Genève
Département : Laboratoire de sociologie urbaine
Monde et diagramme : penser l’expérience de l’art dans le capitalisme contemporain (avec PATTARONI).
Les nouveaux modes de gouvernement de la ville tendent à instrumentaliser l’art, la culture et la contre-culture afin de produire un ordre « favorable aux affaires ». Or, penser ce phénomène d’intégration des pratiques artistiques dans la ville capitaliste nécessite de forger des outils d’analyse adéquats. A cet égard, la notion de scène (Straw, 2005) rabat sans doute trop les pratiques sous des auspices strictement artistiques. Elle semble insuffisante pour adresser une pragmatique du passage de l’expérience au politique. Plus stimulante semble la notion de monde qui suggère d’emblée une épaisseur où se lient les différents horizons de la créativité. Nous proposons par ailleurs de l’enrichir aussi d’une confrontation avec la notion deleuzo-guattarienne de diagramme (Deleuze & Guattari, 1980) afin de penser pleinement l’intrication de l’art et du politique. Notre propos portera sur une discussion critique de la notion de créativité dans son lien à l’art, l’expérience et le politique.

Alain QUEMIN 
Professeur
Université de Paris 8
Département : Sociologie
L’inscription dans la ville des galeries d’art contemporain au prisme du concept de champ : une comparaison internationale entre New York, Berlin, Londres et Paris. (avec LEVY).
Il s’agit d’étudier ici le « champ des galeries d’art » dans quatre grandes métropoles pour analyser comment ce type d’activité se regroupe dans l’espace urbain et peut marquer celui-ci de son empreinte. Pourquoi et comment ces galeries se réunissent-elles au sein de quartiers et en quoi cela joue-t-il sur la valorisation des œuvres ? Tout en se focalisant sur la ville comme espace d’implantation, il convient aussi de faire porter le regard sur l’intérieur même des galeries et, tout particulièrement, sur les œuvres exposées. Au plan théorique, la recherche permettra de tester l’hypothèse bourdieusienne d’homologie structurale, ici entre espace d’implantation des galeries, de valorisation, et caractéristiques des œuvres exposées, en nous appuyant sur des données empiriques issues de notre enquête de terrain menée à New York, Londres, Berlin et Paris.

Aude SERVAIS 
Doctorante
École des Hautes Études en Sciences Sociales – CESSP
Département : Sociologie
Voyage sociologique en pays documentaire La métaphore de champ est-elle épuisée ? (avec SERVAIS).
Cette communication porte sur la compréhension des pratiques sociales dans l’espace du cinéma documentaire français. Elle vise à soumettre à une analyse génétique l’usage qui a été fait du concept de champ afin d’évaluer sa « fécondité heuristique ». Deux parties composeront cette communication : 1) nous  procèderons à une présentation stylisée et épurée des propriétés du modèle du champ du cinéma documentaire ; 2) nous interrogerons la « fécondité heuristique» du système référentiel utilisé (la sociologie critique) et son concept charnière de champ. La conclusion insistera sur le caractère idiosyncrasique irréductible de tout usage empirique du concept relationnel de champ, lié à la pratique théorique du chercheur, impliqué qu’il est dans le champ de la sociologie (universités, laboratoires, équipes, chercheurs renommés) et influencé par les perceptions de son habitus de doctorant (cursus, réseau social).

Olivier SERVAIS 
Maître de conférences (Professeur assistant)
Université de Savoie
Département : IUT Annecy
Voyage sociologique en pays documentaire La métaphore de champ est-elle épuisée ? (avec SERVAIS).
Cette communication porte sur la compréhension des pratiques sociales dans l’espace du cinéma documentaire français. Elle vise à soumettre à une analyse génétique l’usage qui a été fait du concept de champ afin d’évaluer sa « fécondité heuristique ». Deux parties composeront cette communication : 1) nous  procèderons à une présentation stylisée et épurée des propriétés du modèle du champ du cinéma documentaire ; 2) nous interrogerons la « fécondité heuristique» du système référentiel utilisé (la sociologie critique) et son concept charnière de champ. La conclusion insistera sur le caractère idiosyncrasique irréductible de tout usage empirique du concept relationnel de champ, lié à la pratique théorique du chercheur, impliqué qu’il est dans le champ de la sociologie (universités, laboratoires, équipes, chercheurs renommés) et influencé par les perceptions de son habitus de doctorant (cursus, réseau social).

Jonathan ROBERGE 
Professeur-assistant – chercheur
Centre Urbanisation Culture Société.
Département : INRS
Champs numériques et nouveaux infomédiaires. Le cas de Google et des Google Glass.
Si la trilogie bourdieusienne champ, capital, habitus n’est pas près de tomber en désuétude, force est de reconnaitre que les lieux et les conditions de son opérationnalisation ont changé à l’ère des réseaux sociaux. La légitimité se déplace et gravite de plus en plus autour de nouveaux intermédiaires culturels qui font maintenant office de gatekeepers. Le cas de Google emblématique puisque sa légitimité n’est jamais assurée, elle est construite et reconstruite par voie de pratique sociale, travaillée à l’aide de discours justificatoires et propagée sur des réseaux. Un premier objectif de cette communication sera de montrer comment le cas de Google incite à actualiser le modèle bourdieusien en le faisant dialoguer avec les notions de performance (Alexander), de justification (Boltanski) et de réseau (Boterro et Crosley). Un second objectif sera d’illustrer le modus operandi de Google à travers sa dernière entreprise, à savoir la mise en circulation des Google Glass.

Will STRAW 
Professeur
Université McGill
Département : Histoire de l’art et communication
Six modèles spatiaux pour penser l’idée de scène.
Cette présentation vise à élargir le concept de scène afin de faciliter son emploi dans l’analyse des cultures urbaines. Cet élargissement repose sur le développement de six modèles spatiaux qui permettent d’isoler différents aspects de l’activité scénique. Ainsi, la scène culturelle pourrait être vue à la fois comme collectivité (circonscrite par différentes formes de proximité), lieu d’assemblage (en tant qu’espace qui sert de point d’intersection de différents phénomènes culturels), lieu de travail (en tant qu’espace engagé dans la transformation continue du monde matériel), monde éthique (engagé dans l’élaboration et le maintien de répertoires de comportement), espace de mouvement ou de stase (qui agit sur les pratiques et les énergies culturelles pour accélérer ou décélérer leur développement) et espace de médiation (qui régit la visibilité et l’invisibilité de la vie culturelle). Chacun de ses modèles sera élaboré à partir d’exemples provenant de mes recherches sur Montréal et sur d’autres contextes urbains.

Danick TROTTIER 
Professeur assistant
UQÀM
Département : Musicologie
Le statut de la musique dans Les Mondes de l’art de Becker : influences croisées et échanges souhaités entre musicologie et sociologie de l’art.
Cette communication se penchera sur le statut de la musique dans Les Mondes de l’art (Becker, 1982). En procédant en deux étapes, il sera possible de tirer les conclusions nécessaires quant aux échanges souhaités entre musicologie et sociologie de l’art. Dans un premier temps, il sera question de la place que la musique occupe dans Les Mondes de l’art ainsi que de l’influence qu’ont eu les musicologues sur les idées de Becker. Dans un second temps, on s’interrogera sur les incidences de la pensée de Becker dans la musicologie. Dans ce contexte, l’exemple de la sociomusicologie permettra de montrer dans quelle mesure les théories de Becker peuvent être mises en pratique dans l’étude de la musique : la situation d’écoute en concert servira d’exemple. En définitive, Les Mondes de l’art offre un modèle de choix dans le développement d’une sociomusicologie, entre autres en raison de l’influence initiale de la musicologie.

 

 

 

 

 

 

Champs Mondes Scènes au prisme des réseaux